Assignation pour concurrence déloyale : comment s’y prendre ?

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Vous êtes dirigeant d’entreprise et vous êtes prêt à tout pour augmenter les parts de marché de votre entreprise, mais c’est également le cas de votre  concurrent. Le marché est constamment soumis aux manœuvres de vos adversaires. Les règles « normales » de la concurrence sont soumises à rude épreuve. Le droit de la concurrence est donc l’arbitre chargé de contrôler les abus et ruses pouvant dépasser les bornes de ce qui est faisable et toléré.

 

Assignation pour concurrence déloyale : comment s'y prendre ?

 

Si vous êtes atteint par un acte de concurrence déloyale qui affecte fortement vos affaires, c’est le moment d’intervenir par la voie des tribunaux pour faire entendre votre mécontentement et dénoncer cet abus. Vous trouverez ici toutes les ficelles de l’assignation pour concurrence déloyale afin de savoir si vous êtes réellement concernés par cette manœuvre et si toutes les conditions requises sont réunies.

Notons aussi que parfois, une assignation pour concurrence déloyale peut être aussi le moyen de mettre la pression sur un concurrent, même si ce qu’il fait n’a pas franchi les limites de la loi. Les grosses sociétés n’hésitent pas à avoir recours à ce genre de pratiques pour « faire peur » ou simplement faire dépenser de l’argent en procédures juridiques à leurs plus petits concurrents.

 

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Définitions :

Tout d’abord, il faut savoir que l’assignation est un acte par lequel on saisit un tribunal. Pour qu’il y ait assignation pour concurrence déloyale, il faut bien avoir en tête ce que cela recouvre afin de le justifier et de parvenir à défendre la validité de l’assignation devant la justice.

La concurrence déloyale est l’ensemble des pratiques concurrentielles contraires à la loi ou aux usages. Ces pratiques sont constitutives d’une faute intentionnelle ou non, et de nature à vous causer préjudice.

Pour mettre en jeu cette responsabilité, plusieurs conditions cumulatives sont nécessaires :

  • l’existence d’une faute
  • un préjudice résultant de la faute
  • l’existence d’un lien de causalité entre la faute et le préjudice.

La faute :

C’est une pratique contraire à la loi ou un règlement. Une faute n’est pas forcément intentionnelle : elle peut résulter d’une négligence.

La faute revêt plusieurs formes :

  • le dénigrement : discréditer la personne, le service, le produit d’un concurrent.
  • La confusion : créer une confusion dans l’esprit du public, de sorte que la clientèle se trompe sur l’entreprise et soit tentée d’acheter un produit ou service (Par exemple dans le cas de l’utilisation de logos, slogans ou visuels semblables).
  • La désorganisation : il peut s’agir d’une désorganisation au sein même de l’entreprise (ex : secret de fabrication dévoilé), ou sinon il peut s’agir d’une désorganisation intentionnelle de l’activité du concurrent (ex : détournement de commande ou tentative de débauchage)

Le préjudice :

Le préjudice peut être une perte de clientèle entraînant ensuite une baisse du chiffre d’affaire. Il importe peu qu’une perte de clientèle ait profité ou non au concurrent.

Il est relativement facile de prouver l’existence d’un préjudice. Le plus souvent, le juge présume son existence sans que la « victime » de l’acte déloyal n’ait à le prouver.

 Le lien de causalité :

Il est devenu en général désuet et très souvent le juge le présume tout comme le préjudice.

 

Procédure de l'assignation pour concurrence déloyale

L’assignation est l’acte le plus utilisé pour saisir la juridiction civile. Par cet acte, le demandeur cite son adversaire à comparaître mais il faut montrer au juge qu’il y a bien concurrence déloyale.

La PREUVE de cette concurrence déloyale est souvent le nœud du problème car les documents qui prouvent ceci sont souvent chez l’adversaire. Dans pas mal de cas, une véritable enquête est nécessaire, au besoin avec l’aide d’enquêteurs privés.

Ensuite, il y a 2 façons de faire : sur requête et en référé.

  • Sur requête

Le plaignant peut déposer une requête auprès du Président du Tribunal de Commerce afin de désigner un huissier. Celui qu’on accuse de concurrence déloyale n’est pas informé.

Cette requête se fait sur la base d l’article 145 du Code de procédure Civile qui indique :

« S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ».

Si le Tribunal accepte, l’huissier reçoit pour mission d’aller dans la société accusée et de récupérer les documents prouvant la concurrence déloyale. Ensuite, un expert judiciaire est nommé pour examiner les pièces rapportées par l’huissier et donner son avis « technique » sur la concurrence déloyale.

Attention ! S’il y a déjà eu avant une saisine sur le fond, la requête unilatérale sur la base de l’article 145 n’est pas possible. Cette façon de faire est souvent utilisée dans les cas de détournement de clientèle, de débauchage de personnel ou de concurrence déloyale avec les fournisseurs.

Comme tout repose sur l’acceptation par le juge d’envoyer un huissier, cette procédure n’a de chances de succès que si l’on passe par un professionnel spécialisé dans ce genre de pratiques.

Par ailleurs, l’huissier devra aussi être de grande qualité, notamment pour être capable de récupérer des fichiers informatiques qui sont de moins en moins sur les serveurs et ordinateurs des entreprises et de plus en plus dans le « Cloud » donc techniquement ailleurs que dans les bureaux où se rend l’huissier. Il se peut donc qu’il y ait aussi besoin d’experts informatiques. C’est à l’avocat de coordonner les efforts de ceux qui vont chez le concurrent déloyal.

  • En référé

L’autre méthode consiste à utiliser une procédure « en référé » où la société accusée sera convoquée par le juge à l’audience où se décidera le bien-fondé d’une procédure de saisie-constat par un huissier. La suite est plus ou moins la même que pour la première méthode, si la saisie-constat par un huissier est décidée.

 

Quel tribunal est compétent pour juger de concurrence déloyale ?

Il n’existe pas de répression en matière pénale en cas de concurrence déloyale (du moins si les agissements du concurrent ne peuvent pas être interprétés AUSSI comme des fautes plus grave comme par exemple du dénigrement qui pourrait être de la diffamation).

Par conséquent, l’assignation se fait devant le tribunal civil sur le terrain de la responsabilité délictuelle.

Concrètement, si le litige oppose 2 commerçants, c’est le tribunal de commerce qui jugera tandis que si l’opposition est entre un salarié ou ancien salarié et leur employeur, ce sont les prud’hommes qui gèreront le différent. En ce qui concerne les litiges sur ce qui peut être assimilé à de la contrefaçon, c’est le Tribunal de Grande Instance qui statuera.

 

Que se passe t-il après l'assignation ? Quelles sont les sanctions encourues ?

Une fois le rapport d’expertise connu, si la concurrence déloyale est vraiment constatée et si les parties ne se mettent pas d’accord pour régler leur antagonisme, une assignation peut être délivrée « au fond » pour demander des dommages et intérêts.

C’est alors une autre étape qui commence : celle d’un procès judiciaire.

Si les preuves de concurrence déloyale sont flagrantes, il y a en général attribution de dommages et intérêts à la victime. Le juge les fixe en général en fonction des pertes estimées de cette dernière et/ou des gains estimés grâce à ses manœuvres, du concurrent déloyal.

Des publications dans des journaux spécifiques et même des astreintes, peuvent aussi faire partie de la condamnation.

 

Quels délais ?

Une action en concurrence déloyale doit être exercée dans un délai de 10 ans, selon les dispositions de l’article L 110-4 du Code du Commerce qui indique que la prescription extinctive décennale s’applique (ce qui signifie que les faits sont prescrits au bout de 10 ans). Le délai de prescription s’applique le jour où la concurrence déloyale a cessé.

Attention toutefois à 2 cas spécifiques.

Si les agissements déloyaux sont une faute civile constituant AUSSI une infraction pénale (par un cas de dénigrement qualifié aussi de diffamation), le délai de prescription est de 3 ans si la victime choisit d’aller devant les juridictions répressives non civiles.

Dans le cas particulier des contrefaçons (qui peuvent être un sous-cas de la concurrence déloyale), si une saisie-contrefaçon a eu lieu, le plaignant a 20 jours ouvrables ou 31 jours civils, à compter du jour de la saisie, pour engager une procédure « au fond » devant le Tribunal de Grande Instance.

 

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Topics: résolution litiges, assignation, concurrence, parasitisme, protection

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